mardi 16 juin 2015

Sur un air de Java



Suite à notre expérience de quasi-Robinsons dans les îles Togian (si l'on excepte la nécessité de pêcher nous-même notre nourriture, ou celle d'avoir à construire une cabane), nous retrouver dans la grande ville de Manado ne nous laissera pas un souvenir ébloui.
Bien que l'île de Bunaken, et ses dizaines de clubs de plongée, nous ai tendu les bras à quelques kilomètres de là, cela nous est un peu apparu comme une redite de ce que nous venions de vivre. Aussi, histoire de varier les plaisirs, nous décidâmes de nous rendre dans le village de Batu Putih, à l'entrée du parc de Tangkoko. Vous pouvez vérifier, ces lieux existent bel et bien et ne sortent pas de mon imagination fertile. Le parc, donc, est une étendue de forêt tropicale qui abrite certaines espèces animales endémiques à la région. Nous levant avant l'aube, et bravant les intempéries, nous avons ainsi observé des tarsiers (impossibles à trouver sans l'aide de nos guides), des calaos (pas facile non plus), et des macaques (là, il aurait fallu être aveugles pour les rater : ils étaient des dizaines en bordure de la plage !)

Les multiples embarcations de pêcheurs de la plage de Batu Putih...





...et, moins banal, ses cochons !

Dans la jungle, nous nous embusquons pour traquer les calaos. Top camouflage !
Plus sérieusement, ces parapluies improvisés nous ont quelque peu protégés sous les averses.

Le fameux tarsier, un primate de 10 cm environ, aux yeux immenses et aux longues pattes.

Sur le sable, rencontre entre Iris et un macaque, pas plus impressionné que cela !


Initiation à l'ukulélé pour les filles !


Deux jours après, toujours poursuivis par la scoumoune, c'est sous un ciel bien gris et de nombreuses averses que nous faisons une petite excursion dans la région, avant de revenir prendre notre avion à Manado. Outre une toute petite montée sur un volcan noyé dans les nuages, nous visiterons ainsi un marché, disons, un peu spécial. La viande, sans la moindre espèce de procédé de réfrigération (!) était disposée sur les étals : pièces de porc encore couverte de poils, chauve-souris, python, mais aussi chats et chiens ! Ce genre de vision, associée à l'odeur que vous pouvez imaginer, ne nous a pas franchement mis à l'aise...

Vous prendrez bien un peu de chauve-souris, non ?

Attention, ailes vendues séparément.

La section "fruits et légumes" nous a un peu reposés après la boucherie !

Certains fruits tropicaux sont particulièrement balaises !

Laissant donc Sulawesi derrière nous, nous nous envolâmes pour Surabaya, sur Java. Echaudés par nos expériences de Makassar et de Manado, nous prîmes directement un cap au Sud, pour gagner la ville de Malang, forte de "seulement" 1 million d'habitants environ. Toutefois, et malgré une circulation pas beaucoup plus fluide qu'ailleurs, Malang présente des avantages incomparables : une relative fraîcheur (27°C seulement), une densité de verdure nettement plus élevée que dans les villes précédentes, et une absence presque complète d'odeurs d’égouts dans la rue ! Trop bien !

Un quartier de Malang assez excentré, où l'accent est mis sur la verdure et, une fois n'est pas coutume en Indonésie, la gestion des déchets !

Grâce à un professeur d'anglais, rencontré à l'hôtel, et à la gérante d'une pension, où nous avons acheté une excursion vers le Bromo voisin (un magnifique volcan dont je vous reparle après), nous avons, beaucoup plus que partout ailleurs, pu rencontrer les gens du cru.
Le premier nous a ainsi fait rencontrer ses élèves lors des cours du soir qu'il organise, nous a invité chez lui, nous a permis de venir à la mosquée (il est aussi imam à ses heures perdues) et nous a enfin fait visité une école technique de la région. Evidemment, je vous laisse imaginer le succès d'Iris lors de ces rencontres, elle qui reçoit déjà régulièrement des demandes de photos dans la rue...
Avec la seconde, nous nous sommes rendus à une "kermesse" organisée par un club dont je ne suis pas sûr de bien avoir saisi le genre, et dont les adhérents faisaient ce jour-là des randonnées dans la campagne (je devrais presque dire "la montagne" tant il n'y avait rien de plat !) Quelle joie de se retrouver hors de la ville, et de pouvoir refaire un peu d'exercice !

Iris pose à côté de l'une des plus jeunes élèves du cours d'anglais. La plus âgée (7 ans) n'est pas la plus grande !

Dans le centre de Malang, et à condition de ne pas trop regarder à ses pieds, et de ne pas prêter attention au vacarme de la circulation, on a aussi de belle vues

Contre-jour presque parfait pour la grande mosquée de Malang. Tant pis, on n'aura pas le courage d'affronter la longue marche dans les rues pour y revenir à un autre moment !

Le marché aux oiseaux, où sont proposés les volatiles les plus variés...

... jusqu'aux plus improbables, comme ces poussins peinturlurés ! C'est d'un goût...

Les chouettes, en plein jour, avaient un regard un peu ensommeillé...

Marche dans la campagne. J'étais seul sur la "longue" boucle (10 km), tandis que les filles prenaient la "moyenne" (5 km). Elles ont bien fait : j'ai réussi à me paumer trois fois !

Du coup, vers la fin, ça me paraissait effectivement un peu "LONG" !

Pendant ce temps, les filles, arrivées bien avant moi, ont eu l'honneur de rejoindre le podium de la manifestation, et de danser avec la popstar locale !

Quant à l'excursion au volcan elle-même, elle nous a laissé un souvenir mitigé. Il semble que depuis quelques années, les autorités javanaises ont décidé de tirer le plus grand profit possible des sites les plus célèbres de l'île, dont le Bromo fait partie. Ainsi, non contentes de faire payer un ticket d'entrée substantiel dans le parc qui comprend le volcan, elles ont décidé que, sur certaines routes du moins, il était "obligatoire" de prendre des Jeep, louées à prix d'or. Après de longues parlementations entre notre guide et les gardiens du parc, il nous a été possible d'éviter la Jeep... moyennant un détour de 80 km pour rejoindre un tronçon où elle n'était pas imposée ! Bilan : 9 heures de route aller-retour pour rejoindre le volcan (distant à vol d'oiseau de quelques dizaines de kilomètres à peine de Malang !) pour 3 heures sur place...

Par contre, reconnaissons-le, la vue est magnifique ! Elle rappelle par certains côtés le massif du piton de la Fournaise, à la Réunion. Nous avons cependant, pour la première fois, gravi la pente d'un volcan, sinon en pleine éruption, du moins assez actif pour émettre, avec un grondement continuel, d'énormes colonnes de vapeur depuis son cratère. Impressionnant !

Arrivés, essoufflés, en haut de l'escalier, la récompense était immédiate !


Walking on the moon...


A présent, nous nous apprêtons à partir vers l'Ouest, en train (une première lors de ce voyage), pour rejoindre Jogjakarta (ou Yogyakarta, je ne sais jamais...), qui sera l'objet du prochain article.

Je vous dis donc à bientôt, et merci pour vos messages !


Renaud


samedi 6 juin 2015

Le bout du monde (enfin, pas loin...)




Autant vous prévenir de suite. A ceux qui sont allergiques aux couchers de soleil, je dis : passez votre chemin ! Cet article ne fera que déclencher d'abominables crises d'éternuements que je préfère vous éviter (ne me remerciez pas).

Je vais en effet relater ici notre expédition vers les îles Togian, un petit archipel lové dans la grande baie que forme la péninsule Nord de Sulawesi. Je vous laisse quelques secondes pour sortir votre carte... Ca y est ? Bien, alors commençons.

Je vous avais laissé, rappelez-vous, en plein pays toraja : celui aux maisons bizarres, aux gens très sympas qui aiment les buffles, aux paysages de toute beauté et aux morceaux de cochons fraîchement égorgés qui traînent un peu partout pendant les cérémonies. Je vais vous aider.
Pour les maisons, c'était ça :




Pour les gens et les buffles, ça donnait ça :




La beauté des paysages ? La voici :




Et les cochons ? Euh, là, je préfère passer rapidement...

Maintenant que tout le monde y est, reprenons. Nous avons quitté au petit matin le pays toraja, par bus, en direction des Togian. En l'absence de liaison directe, cependant, nous nous arrêtons, après 13 heures d'un bus aux places étroites et à la clim un peu aléatoire, à Tentena. Cette petite ville tranquille, au bord du lac Poso, nous permit un peu de repos avant de reprendre la route le surlendemain. Elle offrit également aux filles (aux trois !) un baptême de deux-roues motorisés dont elles se seraient bien passées. En effet, à la gare routière, à 22h00, les seuls taxis disponibles sont des scooters ! Après quelques minutes d'appréhension, elles sont finalement arrivées contentes à l'hôtel. 

La grande cascade de Saluopa, près de Tentena, a un côté un peu moins sauvage que celles que nous avons vues en Australie, mais on a aimé ses gros rochers ronds. Iris et moi avons aussi essayé la baignade : un peu fraîche !

 

Les rives du lac Poso, le soir. Très reposant.
 

Lassés du bus, nous avons ensuite accepté une proposition de voiture avec chauffeur pour faire la route jusqu'à notre port d'embarquement pour les Togian, Ampana. Et vu l'état de la route en question, je ne regrette pas ! Un petit mot au passage sur l'organisation de notre itinéraire à Sulawesi. Tout y est extraordinairement facile, beaucoup plus en tout cas que nous ne l'espérions. Le prix de cette facilité se compte en espèces sonnantes, souvent. Si l'on accepte des prix sans doute plus élevés que pour des gens du cru (mais pas toujours, et ils restent de toute façon très accessibles selon nos standards), tout s'enchaîne sans accroc. Pour  aller de Makassar au pays toraja ? Pas de problème. L'hôtelier étant natif du pays toraja, il se charge aimablement de la réservation et nous conduit au terminal de bus. De Rantepao à Tentena : là aussi, le manager de l'hôtel s'arrange pour que le bus passe nous prendre, et nous indique un hôtel qu'il connaît. Cet hôtel nous met en relation avec un guide, histoire de pouvoir se promener un peu aux alentours, et ce guide connaît lui-même un chauffeur pour nous emmener à Ampana, etc., etc. 
Ne croyez pas, cependant, que l'argent seul motive tout le monde, heureusement. On s'empresse ainsi de nous renseigner lorsque nous avons l'air un peu paumés dans la rue, sans qu'il s'agisse forcément de rabatteurs... Et nous avons été très agréablement surpris lorsque l'hôtel, à Rantepao, nous a offert un "deal" moins cher que celui qui nous avait été proposé sur Internet via un célèbre site de réservation... Et juste en face, le restaurant où nous prenions nos repas a décliné mon offre de pourboire : "Too much !" Plutôt sympa, de ne pas se voir uniquement considéré comme une source de devises !

La veille de l'embarquement pour les Togian, nous goûtons un repos bien mérité (?) sur la plage...

Après deux heures de bain l'après-midi, Norah ne résiste pas à l'envie de retourner se tremper les pieds...

Et pendant ce temps, le soleil fait quoi ? Il se couche, bien sûr !

A 10 heures le lendemain, nous prenons un petit bateau qui ravitaille régulièrement certaines des îles Togian. Il existe aussi de plus gros ferry, mais ils ne desservent pas l'île où nous nous rendons, près du village de Bomba. Les pensions pour touristes, peu nombreuses, sont en effet concentrées autour de quelques villages seulement, et l'on imagine le potentiel de développement touristique de la région... Pourvu que cela n'aille pas trop vite !

Embarquement pour Bomba, suivi par trois heures de navigation peu confortable... Pas en raison de la mer, d'un calme parfait, mais plutôt parce qu'il faut que je case mes guibolles entre les passagers, assis à même le pont, en l'absence de sièges.
Ainsi, nous parvenons à la mi-journée sur l'île de Poya Lisa, minuscule, qui comprend en tout et pour tout une salle de restaurant / bar / salle de jeu, deux petites plages, et une douzaine de bungalows. Je dois dire qu'au début, nous avons hésité à y passer les six jours que nous voulions consacrer aux Togian, craignant les affres de l'inaction. Et pourtant, à bien y réfléchir, nos journées furent bien remplies. Voyez plutôt : petit déjeuner, école, voire plongée pour votre serviteur (un centre de plongée était installé à quelques encablures), déjeuner, snorkelling autour de l'île, goûter, coucher de soleil, dîner de poisson grillé... Pas le temps de souffler ! Si l'on y ajoute quelques parties d'échecs, de Uno, et de ping-pong, on comprendra aisément que nous étions au bord de la crise de nerf.

Du côté Ouest de notre bungalow, vue sur le coucher de soleil : cool !

Encore plus cool quand on peut en profiter dans son hamac !

Et côté Est, vue sur le petit bras de mer qui nous séparait du village de Bomba
Alors certes, il n'y avait ni réseau téléphonique ni Internet, et les bungalows étaient assez sommaires, contenant en tout et pour tout un lit, un matelas, deux chaises et un hamac, ainsi qu'une salle d'eau à l'indonésienne (c'est-à-dire une grande bassine d'eau, un seau pour s'asperger, et c'est tout !) Mais nous avions tout ce que l'on peut réellement souhaiter. Climatisation naturelle fournie par la brise marine, vue à tomber par terre, eau à 30°C, nombreux petits poissons, quatre repas les pieds sous la table. Nous étions même, pour la moitié du séjour, les seuls clients de la pension. Autrement dit, les rois de ce bout du monde ! On comprendra donc que, renonçant à chercher mieux, nous nous sommes contentés de ce lieu de villégiature...

Le calme de la mer, la plupart du temps, était simplement irréel à mes yeux, habitués à l'agitation perpétuelle, même quand elle est minime, de l'Atlantique...

Une pirogue, un capitaine, un pique-nique, tout ça rien que pour nous. Et en route pour le snorkelling autour de l'île de Taupan ! Pour y être, il ne vous manque que le doux ronronnement à 120 dB des deux moteurs hors-bord, qui nous propulsaient gaillardement à 4 ou 5 nœuds...

Alors OK : on n'a toujours pas investi dans un appareil étanche, et j'en suis le premier désolé. Mais on voit quand même que l'eau est claire et qu'il y a du corail, non ?

Toujours aussi bruyantes, de nombreuses petites embarcations sillonnaient les eaux autour de ces villages de pêcheurs.

Une halte pique-nique (avec poisson grillé, of course !), sur une petite plage, nous a permis de reprendre des forces entres deux séances d'observation sous-marine

Les filles ont eu l'air de bien s'adapter à ce mode de vie exigeant...

Iris a découvert les échecs, où elle se montra assidue... du moins la première demi-heure !

Ce lieu fut aussi l'occasion de ressortir nos tenues "îles tropicales"

Démonstration de la douche à l'indonésienne... Au moins, cela ne consomme pas trop d'eau, c'est bien !

Le soir est tombé sur le village de Bomba

Pour changer des couchers de soleil : un lever de lune !
Et puis, il nous a fallu repartir, repus de poissons grillés, et même de langoustes, proposées par un pêcheur du coin à 12 euros les cinq (elles n'étaient pas énormes, mais quand même !), pour reprendre le cours de notre voyage. La pirogue de la pension nous a ainsi emmenés à Wakai, principale localité des Togian, où nous avons pris le ferry de nuit pour Gorontalo.

Petite démonstration, là encore, du "système D" indonésien. A peine débarqués sur le quai, un homme vint vers nous "You are taking the ferry ? Do you want a cabin ?" Tiens, je ne savais pas qu'il y avait des cabines, sur ce petit ferry, et je croyais que tous les passagers louaient simplement un petit matelas à même le sol. Mais puisqu'il nous fallait, le lendemain, enchaîner avec dix heures de voiture, je me suis dit que cette offre tombée du ciel nous permettrait d'échapper, peut-être, à une nuit blanche. Le supplément, quoique conséquent, restait abordable (35 euros). Quant au type en question, sans avoir l'air louche, il n'avait pas non plus une allure 100% officielle, mais bon... Il faut faire confiance ! En montant à bord, on nous conduisit donc réellement à une cabine (climatisée, excusez du peu), mais en en faisant sortir son occupant. Bizarre ! En ressortant, j'aperçus avec surprise le panneau "CREW" placardé au-dessus de notre porte. En fait, pour se faire un peu d'argent, l'équipage sous-louait ses propres cabines aux touristes qui en avaient les moyens ! Et il n'existait en effet pas de cabine réellement destinées aux passagers...


Un petit village, très isolé, le long de notre route vers Wakai

Le soir tombe lorsque le ferry prend la mer pour Gorontalo...

...d'où une lumière sympa pour faire des photos de famille...

... et un dernier coucher de soleil sur l'île de Una Una !

A présent, nous disposons de quelques jours pour découvrir l'extrême Nord de Sulawesi, autour de la ville de Manado. Et, tiens ! Nous avons psychologiquement fait un pas vers le retour, en repassant, au moins temporairement, dans le même hémisphère que la plupart de mes lecteurs !


A bientôt, si les dieux du WiFi sont avec nous !

Renaud